Product Manager freelance en PME : intervenir ou recruter.

Vous avez un produit. Vous avez des clients. Et personne, chez vous, dont le métier est de décider quoi construire ensuite.

La question qui suit est toujours la même : est-ce qu’il faut recruter quelqu’un, ou est-ce qu’il faut faire intervenir quelqu’un ? Ce n’est pas la même dépense, ce n’est pas le même délai, et ce n’est pas le même problème.

Le moment

Vous êtes devenu le Product Manager de votre propre boîte sans l’avoir décidé

Ça s’est fait par accumulation. Un client demande une fonctionnalité, vous dites oui. Un autre en demande une différente, vous dites oui aussi. Vos développeurs viennent vous voir entre deux portes pour savoir par quoi commencer, et vous tranchez dans le couloir, entre un rendez-vous commercial et une facture.

Personne ne vous a nommé à ce poste. Vous l’occupez quand même, en plus du vôtre, et c’est celui sur lequel vous avez le moins de temps.

Ce n’est pas un problème de motivation ni de compétence. C’est un problème de place. Les décisions produit demandent du temps continu et du recul, et vous n’avez ni l’un ni l’autre.

Recruter

Recruter un Product Manager, ce que ça suppose vraiment

Un recrutement suppose que vous sachiez déjà ce que vous voulez que cette personne fasse. Pas le titre, ni la fiche de poste : le périmètre réel, les décisions qu’elle aura le droit de prendre, et celles qui resteront les vôtres.

C’est là que la plupart des recrutements produit en PME s’abîment. On recrute un bon Product Manager sur un mandat qui n’existe pas encore. Il arrive, il cherche pendant trois mois à qui demander l’autorisation, et il finit par exécuter des demandes plutôt que d’en trancher. Vous avez payé un salaire pour un problème qu’aucune embauche ne règle.

Il y a aussi la question du temps. Sur ce type de poste, un recrutement prend rarement moins de trois mois. Pendant ces trois mois, c’est toujours vous qui arbitrez dans le couloir.

Intervenir

Faire intervenir quelqu’un, c’est autre chose

Un Product Manager senior qui intervient ne prend pas votre liste de demandes comme point de départ. Il la regarde, il regarde ce qui n’y est pas, et il cherche pourquoi certains sujets y traînent depuis six mois sans que personne les tranche.

Il ne cherche pas non plus à s’intégrer discrètement. Il écoute, puis il nomme devant vous ce que tout le monde sent sans le dire. Souvent, ce n’est pas la liste qui est mauvaise. C’est qu’elle n’a jamais été arbitrée par quelqu’un qui avait le droit de dire non.

La différence avec un recrutement ne se joue pas sur le prix. Elle se joue sur ce qui sort des trois premières semaines. Un salarié construit sa légitimité lentement, et c’est normal, il reste longtemps. Quelqu’un qui intervient n’a pas ce luxe, et c’est précisément ce qui le rend utile ici : il pose la question qui fâche pendant qu’elle coûte encore peu cher.

Ce que vous achetez alors n’est pas du temps de travail. C’est une décision que vous n’arriviez pas à prendre seul, et la clarté sur qui décide quoi une fois qu’elle est prise.

Quand, et quand pas

Quand une intervention a du sens

Vous construisez déjà, vous vendez déjà, et la question n’est plus de savoir si le produit intéresse quelqu’un. Elle est de savoir lequel de vos clients vous suivez, et lesquels vous arrêtez de suivre.

Vos développeurs sont compétents et disponibles, mais ils attendent des arbitrages qui ne viennent pas assez vite.

Vous tranchez encore vous-même, et vous voulez continuer à trancher. Une intervention ne vous retire pas la décision. Elle vous met les scénarios sur la table et vous demande de choisir.

Quand elle n’en a pas

Vous n’avez pas encore de clients. Le problème n’est pas l’arbitrage, il est en amont, et une intervention produit arriverait trop tôt.

Vous avez déjà une direction claire et vous cherchez seulement des mains pour dérouler ce qui est écrit. Un profil plus junior fera très bien ce travail, et pour moins cher.

Vous voulez quelqu’un qui valide. Quelqu’un qui intervient va nommer ce qui ne va pas, souvent dès les premiers jours. Si ce n’est pas le moment de l’entendre, ce n’est pas le moment.

En pratique

À quoi ressemble une intervention de ce type

Chez moi, elle s’appelle La Mise au clair. Six demi-journées sur trois semaines. Je parle à vos équipes et à vos clients, puis on s’assoit et on tranche : ce que le produit doit résoudre, pour qui, dans quel ordre, et ce qu’on arrête.

À la fin, vous avez une décision prise avec vous, le cadre écrit, et les trois prochains mois séquencés. Vous savez sur quoi vos développeurs travaillent lundi, et pourquoi.

Voir La Mise au clair